Lorsque l’enfant demande souvent des sucreries
Limiter les sucreries ne doit pas forcément entraîner des disputes quotidiennes ni une interdiction totale. Des règles calmes et prévisibles, appliquées par tous les membres du foyer, sont généralement plus efficaces. Ainsi, l’enfant sait à quel moment un dessert peut être proposé, et le parent n’a pas à prendre une nouvelle décision à chaque fois.
Il est également utile de regarder au-delà des bonbons et des biscuits. Les boissons, les céréales du petit-déjeuner, les produits laitiers aromatisés, les bouillies prêtes à l’emploi, les compotes et les collations présentées comme destinées aux enfants peuvent aussi être sources de goût sucré.
Il ne s’agit pas de viser une alimentation parfaite. L’objectif est de limiter l’exposition fréquente au goût sucré, de veiller à la régularité des repas et de construire progressivement des habitudes durables.
Que sont les sucres libres ?
Les termes « sucres », « sucres ajoutés » et « sucres libres » ne désignent pas exactement la même chose. Les sucres libres comprennent les sucres ajoutés aux aliments par le fabricant, le cuisinier ou le consommateur, ainsi que les sucres naturellement présents dans le miel, les sirops, les jus de fruits et les concentrés de jus. Ils ne comprennent pas les sucres contenus dans la structure des fruits et légumes entiers, ni le lactose naturellement présent dans le lait [1].
Cela signifie que le miel, le sirop d’érable ou le sirop de dattes sont eux aussi des sources de sucres libres. Leur goût et leur composition peuvent différer de ceux du sucre blanc, mais ils ne doivent pas être considérés comme des produits pouvant être utilisés sans limite.
Un fruit entier est différent d’un jus. Il apporte des fibres, demande à être mâché et rassasie généralement davantage. Même un jus 100 % fruit sans sucre ajouté contient des sucres libres et ne devrait pas remplacer l’eau [2].
Quelle quantité de sucres libres peut figurer dans l’alimentation d’un enfant ?
Il n’existe pas un chiffre unique en grammes qui conviendrait à tous les enfants. Les besoins énergétiques dépendent notamment de l’âge, de la vitesse de croissance, du poids et de l’activité physique. C’est pourquoi les recommandations expriment la quantité de sucres libres en proportion de l’apport énergétique total quotidien.
L’Organisation mondiale de la Santé recommande que, chez les enfants comme chez les adultes, les sucres libres représentent moins de 10 % de l’apport énergétique quotidien. Réduire cette part à moins de 5 % peut apporter des bénéfices supplémentaires, notamment pour la prévention des caries [1]. Il ne s’agit pas d’un objectif qui nécessite de peser chaque produit tous les jours. En pratique, les choix réguliers comptent davantage : de l’eau plutôt que des boissons sucrées, des repas de base non sucrés et une limitation des produits contenant du sucre plusieurs fois dans la journée.
Chez les nourrissons, il n’est pas recommandé d’ajouter du sucre aux repas ni de proposer des boissons sucrées. La diversification alimentaire est une période de découverte des saveurs naturelles : il n’est donc pas nécessaire d’habituer l’enfant à une douceur intense [3].
Les recommandations nutritionnelles doivent toujours être interprétées en fonction de l’âge et des besoins individuels de l’enfant, et non comme une quantité fixe identique pour tous [4].
Des règles simples selon l’âge
- Nourrisson : ne sucrez pas les repas ni les boissons ; proposez principalement de l’eau adaptée aux nourrissons.
- Jeune enfant : limitez les situations où des produits sucrés sont proposés plusieurs fois par jour en parallèle d’autres activités.
- Enfant d’âge préscolaire : établissez des règles claires concernant les desserts et les collations, sans classer les aliments comme « bons » ou « mauvais ».
- Enfant scolarisé : parlez des portions, de la publicité, des étiquettes et des choix effectués en dehors de la maison.
Où se cachent les sucres libres ?
Ce n’est pas seulement le dessert occasionnel qui compte, mais aussi l’ensemble des produits consommés chaque jour. Les sucres libres peuvent notamment se trouver dans :
- les boissons aux fruits, les nectars, les jus et les thés sucrés,
- les yaourts aromatisés et les desserts lactés,
- les bouillies prêtes à l’emploi et les céréales du petit-déjeuner,
- le cacao instantané et les boissons lactées,
- les biscuits, gaufrettes et barres destinés aux enfants,
- le ketchup, les sauces et certains plats préparés,
- les produits contenant du miel, des sirops ou des concentrés de jus.
Une compote de fruits sans sucre ajouté n’est pas la même chose qu’une sucrerie, mais elle peut tout de même apporter beaucoup de sucres au total et être moins rassasiante qu’un fruit entier. Il est préférable de la considérer comme une option pratique en déplacement plutôt que comme l’unique collation quotidienne.
Comment lire les étiquettes ?
Commencez par vérifier la liste des ingrédients. Ils sont indiqués par ordre décroissant de quantité. Soyez attentif à des termes tels que : sucre, sirop de glucose, sirop de glucose-fructose, miel, mélasse, maltodextrine ou concentré de jus de fruits.
Comparez ensuite le tableau nutritionnel, en particulier la ligne « dont sucres ». Cette valeur comprend les sucres naturellement présents dans le produit ainsi que les sucres ajoutés ; elle ne permet donc pas, à elle seule, de déterminer la quantité de sucres libres. Elle reste toutefois utile pour comparer des produits similaires, par exemple deux yaourts ou deux types de céréales [5].
La mention « sans sucres ajoutés » ne signifie pas que le produit ne contient aucun sucre. Il peut contenir des sucres naturellement présents dans les fruits ou le lait. De même, les mentions « bio », « naturel » et « pour enfants » ne garantissent pas une faible teneur en sucre.
Pourquoi l’enfant a-t-il souvent envie de quelque chose de sucré ?
La préférence pour le goût sucré est naturelle chez les enfants. Toutefois, les demandes fréquentes de sucreries peuvent être renforcées par les conditions dans lesquelles l’enfant mange. Les causes les plus fréquentes sont :
- des intervalles trop longs ou irréguliers entre les repas,
- des repas peu rassasiants,
- la visibilité et l’accessibilité permanentes des sucreries,
- le grignotage devant un écran ou pendant le jeu,
- l’imitation des adultes,
- l’association des sucreries à une récompense, au réconfort ou à l’ennui.
Pendant quelques jours, il peut être utile d’observer à quel moment apparaît la demande de sucré, ce que l’enfant a mangé auparavant et s’il a faim, est fatigué ou a besoin d’être en lien avec son parent. Il ne faut toutefois pas s’attendre à ce que l’enfant accepte toujours avec le même enthousiasme n’importe quelle alternative. Avoir envie d’un produit précis est tout à fait normal.
Comment limiter les sucreries sans interdiction absolue ?
Une interdiction totale peut accroître l’intérêt pour les sucreries et favoriser leur consommation en cachette, surtout chez les enfants plus âgés. Il est préférable de fixer un cadre prévisible. Le parent décide des produits disponibles, des horaires et du lieu des repas. L’enfant peut, quant à lui, décider s’il mange le repas proposé et en quelle quantité.
Installez un rythme de repas
Des repas et des collations réguliers réduisent le grignotage occasionnel. Les intervalles doivent être adaptés à l’âge, à l’appétit et au rythme de la journée. Il n’est pas nécessaire de proposer sans cesse de la nourriture à l’enfant « au cas où ».
Proposez le sucré à un moment défini
Dans certaines familles, un petit dessert après le repas peut bien fonctionner ; dans d’autres, quelques occasions planifiées par semaine seront plus adaptées. L’essentiel est que la règle soit compréhensible et réaliste à maintenir. Les sucreries ne doivent pas remplacer un repas ni être accessibles toute la journée.
N’utilisez pas la nourriture comme récompense
Des phrases comme « si tu manges tes légumes, tu auras un biscuit » peuvent rendre le dessert plus attractif et suggérer que le repas principal est une corvée désagréable. Une récompense peut être un moment passé ensemble, le choix d’un jeu, une lecture ou une autre activité agréable.
Adoptez des règles communes
Les changements sont plus faciles lorsque toute la famille est concernée. L’eau peut être la boisson de référence pour tous les membres du foyer, et les sucreries peuvent être rangées hors de vue. Il est difficile pour un enfant de comprendre les limites si les adultes mangent régulièrement des sucreries devant lui sans cadre précis.
Utilisez des phrases calmes et courtes
- « Aujourd’hui, nous prendrons le dessert après le déjeuner. »
- « C’est l’heure de la collation. Tu peux choisir un yaourt avec un fruit ou un sandwich. »
- « Je vois que tu as envie d’un biscuit. Aujourd’hui, tu as déjà eu un produit sucré. »
- « Nous n’achetons pas de sucreries à chaque course. Nous pouvons les noter sur la liste pour le jour prévu. »
Il n’est pas nécessaire de faire honte à l’enfant ni de lui faire peur avec des maladies. Une limite peut être à la fois calme et ferme.
Un plan de changement progressif
1. Observez pendant quelques jours
Notez toutes les sources de goût sucré : boissons, céréales, yaourts, cacao, desserts, compotes et sucreries. Ne jugez ni votre enfant ni vous-même. L’objectif est d’identifier les habitudes qui se répètent.
2. Choisissez un ou deux changements
Un bon début peut être de proposer de l’eau à la place des boissons sucrées, de remplacer un yaourt aromatisé par un yaourt nature avec des fruits ou d’arrêter de manger devant un écran. Mettre en place tous les changements en même temps est généralement plus difficile à maintenir.
3. Réduisez progressivement le goût sucré
Vous pouvez diminuer progressivement la quantité de sucre ajoutée aux flocons d’avoine ou au cacao, mélanger un yaourt aromatisé avec un yaourt nature ou choisir des céréales moins sucrées. Si l’enfant boit des boissons sucrées, il est utile d’en réduire l’accès et, à terme, de faire de l’eau sa boisson principale. Les jus ne doivent pas être considérés comme une alternative équivalente à l’eau.
4. Évaluez ce qui fonctionne
Après deux ou trois semaines, vérifiez si l’enfant grignote moins souvent, si les repas sont plus réguliers et si les règles sont réalisables sur la durée. L’absence d’acceptation immédiate ne signifie pas un échec. Changer les habitudes demande du temps et de la répétition.
Que proposer à la place des sucreries ?
L’alternative doit être simple, accessible et adaptée à l’âge de l’enfant. Selon le moment de la journée, vous pouvez proposer :
- des fruits frais entiers, servis sous une forme sûre,
- un yaourt nature avec des fruits et des céréales,
- un sandwich avec une tartinade, du fromage frais ou de l’œuf,
- des flocons d’avoine ou une céréale avec des fruits,
- du riz au lait sans sucre ajouté,
- des légumes avec du houmous pour les enfants capables de les mâcher en toute sécurité,
- une gelée de fruits maison préparée sans sucre supplémentaire.
Un fruit ne doit pas forcément remplacer chaque dessert. Les sucreries peuvent parfois faire partie du menu familial, mais elles ne devraient pas évincer les repas complets ni servir à calmer la faim entre les repas.
Les erreurs les plus fréquentes
- Instaurer brusquement une interdiction totale : cela peut renforcer la focalisation de l’enfant sur les sucreries.
- Classer les aliments comme « bons » ou « mauvais » : cela favorise la culpabilité et n’apprend pas une approche souple de l’alimentation.
- Récompenser avec un dessert : cela augmente son importance et renforce l’habitude de manger en réponse aux émotions.
- Remplacer le sucre par du miel ou un sirop : cela change l’ingrédient, mais ne réduit ni les sucres libres ni l’intensité du goût sucré.
- Se concentrer uniquement sur l’enfant : les comportements des adultes et les produits disponibles à la maison façonnent aussi les habitudes.
- Penser qu’un produit « pour enfants » a forcément une bonne composition : cette mention ne dispense pas de lire l’étiquette.
Quand consulter un médecin ou un spécialiste ?
Parlez-en à un pédiatre ou à un diététicien spécialisé en pédiatrie si :
- l’enfant ne prend pas correctement du poids, en perd ou si sa croissance suscite des inquiétudes,
- son alimentation est très limitée et qu’il refuse la plupart des groupes d’aliments,
- des crises d’hyperphagie, des repas pris en cachette, une peur intense des aliments ou un sentiment de culpabilité après avoir mangé apparaissent,
- la limitation des sucreries entraîne un évitement durable des repas,
- l’enfant présente des douleurs abdominales récurrentes, des vomissements, de la diarrhée ou de la constipation,
- il présente une soif accrue, des mictions très fréquentes, une faiblesse ou une perte de poids involontaire — ces symptômes nécessitent une consultation médicale rapide,
- des signes de carie, des douleurs dentaires ou une sensibilité apparaissent — une consultation chez le dentiste est recommandée.
Les enfants atteints de diabète, de troubles métaboliques, de maladies digestives ou suivant un régime d’éviction nécessitent également des conseils individualisés. Dans ces situations, il ne faut pas mettre en place de restrictions importantes uniquement sur la base de recommandations générales.
Questions fréquentes
Faut-il supprimer totalement les sucreries ?
Chez la plupart des enfants en bonne santé, il n’est pas nécessaire d’imposer une interdiction absolue. La fréquence, la portion, l’équilibre global de l’alimentation et le fait que les sucreries remplacent ou non les repas sont plus importants. Une exception peut exister en cas d’indication médicale spécifique établie avec un médecin ou un diététicien.
Le miel est-il meilleur que le sucre ?
Le miel peut avoir un goût différent et contenir de petites quantités d’autres composants, mais il reste une source de sucres libres. Il ne doit pas être utilisé sans limite. Le miel ne doit pas être donné aux enfants avant l’âge de 12 mois en raison du risque de botulisme infantile.
Peut-on donner du jus sans sucre ajouté à la place de l’eau ?
Non. Même un jus 100 % fruit contient des sucres libres et n’apporte pas les mêmes bénéfices qu’un fruit entier. L’eau doit être la boisson principale de l’enfant.
Le sucre provoque-t-il l’hyperactivité ?
Rien ne permet d’attribuer toute activité intense d’un enfant après des sucreries au sucre lui-même. Lors d’un anniversaire ou d’autres fêtes, les émotions, le bruit, la fatigue, l’heure tardive et le grand nombre de stimulations jouent également un rôle.
Comment réagir lorsque l’enfant pleure après un refus ?
Il est utile de reconnaître son émotion tout en maintenant la limite fixée à l’avance : « Je vois que tu es déçu. Aujourd’hui, tu as déjà eu un dessert. » Il n’est pas nécessaire de faire un long discours ni de proposer immédiatement un autre produit sucré. L’enfant peut avoir besoin de proximité et de temps pour se calmer.
En résumé
Pour réduire les sucres libres, il est préférable de commencer par les boissons, la régularité des repas et les produits consommés quotidiennement. Faire de l’eau la boisson principale, proposer des petits-déjeuners non sucrés, lire les étiquettes et prévoir des moments définis pour le dessert apportent généralement davantage de bénéfices qu’une interdiction totale et soudaine.
Les éléments les plus importants sont la prévisibilité, des règles familiales communes et un langage sans culpabilisation. Les sucreries ne doivent pas nécessairement disparaître de la vie de l’enfant, mais elles ne devraient pas remplacer les repas, réguler les émotions ni être proposées tout au long de la journée.
Si vous avez besoin de structurer les repas en fonction de l’âge de votre enfant, vous pouvez utiliser le formulaire de consultation NutritionHelper. Vos réponses permettront d’identifier les domaines par lesquels il peut être utile de commencer le changement.
Sources
- Organisation mondiale de la Santé, Recommandation : Apport en sucres chez l’adulte et l’enfant, 2015.
- Centre national d’éducation nutritionnelle, Les sucres libres dans l’alimentation des enfants, 2025.
- Société polonaise de gastroentérologie, d’hépatologie et de nutrition pédiatriques, position sur l’alimentation des enfants.
- Institut de l’alimentation et de la nutrition, Références nutritionnelles pour la population polonaise.
- Centre national d’éducation nutritionnelle, documents éducatifs sur les sucres dans l’alimentation des enfants.